L’allocation de remplacement, une source de richesse


Posted in Vie du blog, politique by Yann Lebout - jan 11, 2010

Cet article est une réponse à l’article de Echocynique paru ce 10 janvier sur son blog et les commentaires à son sujet relevé sur Twitter.

L’interview du président du PS concernant les impacts de la crise sur les plus pauvres est assez criticable. Malheureusement, la critique que @Echocynique nous propose est tellement superficielle et grossièrement polémique que je ne peux me résoudre à ne pas y réagir.

Dans l’ensemble, l’article joue au Nostradamus économique en mettant en avant des liens de causes à effets non démontrés (ce qui, en soi, est logique dans un billet d’opinion) mais surtout non étayés d’arguments. Je ne vois personnellement pas en quoi le contrôle des prix des produits de base aurait un impact important sur les petits commerces. Les petits commerçants en Belgique ne sont actuellement pas particulièrement dépendants des produits de première nécessité : les épiceries de quartier ont totalement disparu, seuls restent des nights shops qui seraient de toute façon exclus d’une mesure de contrôle des prix (ce qui est d’ailleurs assez dommage, la plupart sont franchement illégaux). Par ailleurs, ce sont bien les gros distributeurs mais surtout les grossistes qui seraient le plus victimes de ce contrôle des prix des produits de base, ce qui va de toute façon amener à une augmentation d’autres prix en compensation. Je doute donc que cette mesure d’un autre âge soit réellement pertinente, d’autant plus que l’inflation a été particulièrement faible ces derniers mois et qu’un contrôle des prix supplémentaires seraient néfastes pour les revenus de la consommation, déjà assez affaiblis. Je doute de toute façon que cela participe de manière réelle à l’amélioration du bien-être des plus démunis.

S’il y a donc d’excellents arguments pour critiquer le contrôle des prix, qui ne sont pas la menace que cela ferait peser sur les petits commerçant, les deux lignes concernant l’augmentation des revenus de remplacement sont franchement faiblardes. L’argument du piège à l’emploi est un cheval de bataille des personnes opposées à ces revenus, et il relève jusqu’à preuve du contraire, du fantasme. Si j’arrive jusqu’au chômage (je suis en stage d’attente), je bénéficierai d’une allocation de moins de 800 euros par mois. Cela permet certes de survivre mais certainement pas de vivre (c’est à dire s’épanouir dans son existence). Aù-delà du fait que la plupart des personnes travaillent également pour avoir une place dans notre société, ce qui semble être rarement le cas des ultra-libéraux qui semble considérer le travail uniquement comme une source de revenu, je doute que passer les revenus de remplacement à 850 euros constituerait une raison suffisante pour la plupart de mettre tout en oeuvre pour rester au chômage. Parce qu’à part se loger, se nourrir, se vêtir, se chauffer et communiquer, on peut pas faire grand chose de plus avec cette somme, et on fait déjà tout cela assez mal !

D’autant plus qu’il faut vraiment se démener pour les garder, ses allocations de remplacement sans travailler, vu le système d’exclusion de plus en plus renforcé (et assez injuste et aléatoire) qui est mis en place. Il est pourtant nécessaire, car la fraude existe : travailleurs au noir qui profitent du chômage (ou employeurs qui sous-paient des travailleurs au noir en leur faisant valoir le fait qu’ils continueront à toucher le chômage – j’en connais), fausse déclaration de cohabitation et autres arnaques au CPAS sont des fléaux contre lesquels il faut lutter. Néanmoins, c’est bien autours de la fraude que doit s’axer le système d’exclusion des revenus de remplacement. A l’heure actuelle, des personnes qui veulent changer d’orientation (c’est encore le droit de chacun de choisir son travail) et se forment pour cela sont menacés d’exclusion du chômage, d’autres qui sont simplement sous-qualifiés mais veulent vivre et travailler décemment (ce qui me semble aussi le droit de tous) le sont également.

Car il est là, le véritable problème : il est impensable à l’heure actuelle qu’un travailleur à temps-plein quelque soit sa fonction, gagne moins de 1100 euros net par mois (surtout à Bruxelles) ! S’il faut sans doute augmenter les revenus de remplacement pour permettre aux gens de vivre décemment, il faut surtout augmenter le salaire minimum légal et améliorer les conditions de travail des travailleurs les plus précaires. Il n’est pas normal qu’un travailleur n’ait aucun confort de vie. Car si c’est pour vivre mal en exploité dans un travail aux conditions déplorables et ne même pas disposer de moyens suffisant pour vivre bien en dehors, autant vivre mal en exclu de la société car au chômage. On ne sait pas quel est le moindre mal, mais au moins, on ne doit pas se lever le matin.

Mais le pire dans tout cela, c’est que je suis convaincu qu’une augmentation des plus bas revenus (salaire minimum et allocations de remplacement) serait globalement positif pour l’économie. Vu les niveaux de revenus dont on parle, je crois que la majeure partie de cette augmentation serait réinjectée dans l’économie par la consommation, qui est le premier moteur économique de notre pays, créant une demande plus importante et une industrie en meilleure santé. Cette mesure rendra, contrairement à ce qu’affirme l’article auquel je réponds, tout le monde plus riche. Ce en quoi je suis dans la lignée de nombreux économistes politiques qui affirment que les revenus de remplacements sont indispensables aux fonctionnements de nos économies (voir Barthélemy, Pieretti, Heertje « Principes d’économie politique », De Boeck)

Je n’ai pas répondu ici à l’idée que les gens exclus du chômage ne vont pas au CPAS. Comme le lien vers lequel pointe l’article de @echocynique l’explique lui-même, le chiffre de 9% avancé par la Ministre est contesté par une autre étude. L’intervention de Zoé Genot est d’ailleurs intéressante et exprime mon point de vue sur la chasse au chômeur.

Pour résumer ma réaction : le contrôle des prix me semble être une mauvaise idée non pas parce qu’il va constituer une menace pour les petits commerçants mais bien parce qu’il ne va pas améliorer la qualité de vie des plus démunis et que vu les circonstances, il me semble dangereux pour l’économie ; le piège à l’emploi que constitue les allocations de remplacement est un fantasme ultra-libéral que j’attends de voir étayé par des chiffres et qui me semble de toute façon absurde par rapport à la réalité que beaucoup vivent au jour le jour ; l’exclusion du chômage est un moyen de sanction important à préserver pour lutter contre la fraude mais doit se limiter à cet objectif.

Je répondrais bien à tous vos commentaires, mais là, je dois envoyer quelques CV et lettres de motivation, j’entame mon cinquième mois de recherche d’emploi infructueuse, et je vais bientôt devoir prouver à l’ONEM que je mérite le droit de vivre.


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